Interculturalités!? Etat des lieux, malentendus, perspectives, théories et pratiques

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Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, France
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jacques.pothier@uvsq.fr; celine.peigne@uvsq.fr; sophie.croisy@uvsq.fr

COLLOQUE INTERNATIONAL
Interculturalités!? Etat des lieux, malentendus, perspectives, théories et pratiques

L’interculturalité, sous des appellations diverses, est très souvent évoquée aussi bien dans les contextes de recherche que dans les projets pédagogiques ou les démarches institutionnelles. Les points d’exclamation et d’interrogation dont nous faisons suivre cette notion dans cet appel à propositions auront pour fonction de souligner que nous la manipulons comme un flacon de nitroglycérine extrêmement instable. En effet, cette notion pour le moins problématique se caractérise surtout par une absence de définition stable car en constante évolution et sujette à controverses.

Le récent Musée du Quai Branly, s’il a délaissé les connotations du projet d’un « Musée des Arts Premiers », adopte le slogan « là où dialoguent les cultures ». Ce slogan indique que la pertinence « sociétale » de la notion d’interculturalité dans l'actualité semble aller de soi, de même que l’indiquent les débats sur l’intégration, le « vivre-ensemble », la mixité ou le droit à la différence, les chocs des civilisations, les transferts et les hybridités. Ces questions ont des prolongements pédagogiques car les enseignants de langues, littératures, civilisations et cultures, tout en enseignant certes les langues étrangères, fournissent les outils d’une « interculturalité » aux perspectives et caractéristiques diverses qui serait (mais l’est-elle ? Doit-elle l’être ? Dans quelle finalité épistémologique ou éthique ?) un horizon unanimement partagé malgré la multiplicité de ses définitions et représentations. Ces problématiques sont en outre au centre des présupposés et pratiques de l'Institut des Langues et des Etudes Internationales (ILEI) de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

D’un point de vue théorique, on pourra lors de ce colloque mettre en avant la problématique de la constitution des « cultures ». Plusieurs approches ont cours, dont les présupposés reflètent sans doute des finalités bien différentes : si Philippe Descola prolonge la vision structuraliste dans une anthropologie culturelle de la représentation , toute une école américaine plus pragmatique (Milton Bennett, Intercultural Communication Institute ) cerne les pratiques et les compétences destinées à une communication interculturelle efficace dans le monde économique et entrepreneurial.

Partant d’un enseignement des langues dont les nécessités pédagogiques impliquent la dissémination de connaissances fixes, grammaticalement structurées, donnant l’illusion d’une permanence, les cultures peuvent être vues dans la tradition occidentale comme les produits achevés d’une longue histoire à un moment de laquelle elles seraient en sommes nées à elles-mêmes. Au terme de cette maturation laborieuse, chaque culture, sûre de son identité, parvenue au terme d’un processus historique à une paradoxale pureté virginale originelle, bien établie selon le schéma Herderien dans la forteresse de la langue qui la structure, des traditions populaires et de l’histoire d’un peuple qui se la transmet et s’y reconnaît, administré par un Etat-nation, pourrait envisager sereinement de s’intéresser à d’autres cultures, sans crainte de trouver dans cette ouverture à l’étrange étranger autre chose qu’une confirmation de sa belle identité, voire de sa splendide exception culturelle :

Au début de ce vingt-et-unième siècle, sommes-nous si éloignés de cette attitude qui resterait finalement assez colonialiste, ou du moins autocentrée ? Peut-on sérieusement imaginer ce schéma anthropomorphiste de cultures qui naîtraient, accéderaient à la maturité pour s’y complaire dans une illusion d’immuable permanence, sans envisager le déclin qui hantait pourtant déjà les penseurs des Lumières autrement que dans un Kulturkampf apocalyptique? Dans quelle mesure est-il légitime d’avancer, au contraire, que les cultures, même et surtout au moment où elles renforcent la conscience identitaire d’un groupe humain, baignent dans une interculturalité, ou, pour utiliser la terminologie de Wolfgang Welsch, plus précisément, une transculturalité (ce terme mettant l’accent sur la culture comme processus), tout en interrogeant les éléments convoqués (ainsi que les motivations à les convoquer) pour affirmer cette conscience identitaire) ? De là peuvent découler un certain nombre de questionnements sous-jacents, de notions à préciser—réflexion qui s’est amorcée dans un premier séminaire fondateur avec le CICC (Civilisations et identités culturelles comparées des sociétés européennes et occidentales, Université de Cergy-Pontoise) le 4 février 2011, suivi de plusieurs autres, dont un premier volet du colloque organisé par la Professeur Cynthia Eid à l’Université Antonine au Liban (2 – 3 mai 2012).

Ce colloque sur l’interculturalité se veut donc le couronnement d'un processus, tout en s'inscrivant dans une réflexion qui semble se généraliser en sciences humaines et sociales comme dans les sociétés. Notre angle de réflexion part des sciences humaines notamment par ses recoupements avec les sciences sociales sur ces questionnements, mais également par les différences de perspectives dont nous gagnons à être conscients . La méthodologie de recherche devrait innover par rapport à la forme traditionnelle du colloque, pour s'articuler autour de journées d'étude thématiques, préparées en amont par une documentation partagée.

Ce colloque de conclusion comportera plusieurs ateliers et tables-rondes permettant de présenter les synthèses des séminaires préparatoires, de la théorie aux applications pratiques et inversement, avec pour effet souhaitable une légitimation de la pertinence sociétale de la recherche en sciences humaines et sociales. Convergence de réflexions qui s’élaborent dans les différentes instances partenaires, cette rencontre sera l’occasion de faire interagir quelques figures centrales de ces différentes questions et des regards internationaux. Elle associera des conférences plénières de spécialistes reconnus et des ateliers permettant de faire émerger des regards innovants.

Perspectives théoriques :

Cultures minoritaires / mainstream / élite: à repenser comme sociétés d'accueil / sociétés d'origine--vers une typologie des écrits/fictions qui témoignent de ces rencontres. Donc repenser l’étude des faits littéraires et artistiques comme pertinents pour une anthropologie de l’interculturel. Comment, par exemple, situer les phénomènes transculturels par rapport aux débats théoriques internationaux portant sur le fait postcolonial, terrain typique où littérature et « civilisation » s’entre-pénètrent dans le champ académique, non sans crispations méthodologiques ? poser le « postcolonial » implique souvent la rupture, alors que l'intégration est une hypothèse à explorer.

Transferts culturels, transculturalité, métissage, hybridité, créolisation… : les notions elles-mêmes brouillent les enjeux. Quels outils pour dépasser l’essentialisation des cultures, l’a priori d’une « consistance interne des cultures » (selon l’expression d’Arezki Cherfaoui) ? Quels outils pour percevoir, appréhender, la valeur structurante des transferts culturels ? En quoi peuvent-ils converger ? Comment les enjeux de l’interculturalité entrent-ils dans des stratégies de pouvoir? Le lien entre culture et pouvoir est-il lui-même culturel? Peut-on construire des identités « post-culturelles »?

Regard sur les zones de contact asymétriques: n'y a-t-il pas dans cette spatialisation un réexamen d'un colonialisme opposant zones de culture et barbarie? Mais la spatialisation peut être une métaphore de l'opposition entre culture « civilisée » et culture « populaire »--frontière évidemment mouvante.

Interculturalité et subjectivité: que nous disent les arts du récit (du récit littéraire au scénario cinématographique) sur les rapports du sujet à sa/ses cultures, en fonction de ses expériences personnelles? Le malaise de l'individu face à la société, sujet traditionnel de l'âge d'or du roman, ne dénonce-t-il pas le caractère aliénant et structurant de la culture? La culture comme Bildung, procès d'interculturalité, non comme capital (ou "reste" d'un oubli, dans la célèbre citation).

La question de la structuration du champ de la recherche en sciences humaines et sociales : l’avenir des aires culturelles est une question connexe, que nous pouvons garder à l'horizon (voir-ou ne pas voir, car il n'est pas validé pour publication-- le pré-rapport de Jean-François Sabouret pour le CNRS, mais cette interrogation sur la légitimité des area studies est également au centre des réflexions dans les universités américaines, par exemple autour de l’idée d’American Studies). Alors que la plupart des centres de recherche en sciences humaines se définissent par rapport à des disciplines, les mouvements d’autonomisation et la quête identitaire des établissements ne remet-elle pas à l’honneur des projets thématiques définis par leur objet d'étude (si l'on prend l'exemple des Amériques, une aire culturelle multi-lingue), ou par leur méthodologie transdisciplinaire: quels sont les enjeux institutionnels de ce positionnement? N’est-il pas pertinent de construire des observatoires des cultures, attachés à dégager des lois de l'interaction? La définition des aires culturelles ne définit-elle pas des groupes humains sur des critères aussi artificiels que d’autres—et avec d’importants enjeux de pouvoir ? Quelle est la part des services culturels des puissances dominantes dans la définition ou le développement de ces aires ?

Les chercheurs associés à ce projet représenteront donc une diversité disciplinaire, anthropologues, historiens, sociologues, littéraires, traductologues ... mais aussi ces passeurs de culture, agents d'interculturalité que sont les enseignants de l'enseignement général: quels questionnements dans quelles disciplines? Où se situe la "civilisation" comme discipline? Traductibilité des concepts: entre globalization et mondialisation, les connotations ne sont pas les mêmes: en croyant parler de la même chose, nous sommes parlés par nos langues.

Mondialisation et collaboration académique : communication interculturelle, techniques, idéologies, présupposés de la mobilité, du e-learning, de la co-diplomation : approche didactique. Sociologie du bilinguisme et identité linguistique et culturelle. Politiques de mobilité universitaire internationale (notemment européenne). Dynamisme des formations dans les pays émergents pour le montage de projets internationaux et interculturels.

Dates : 12, 13 et 14 septembre 2012
Lieu : Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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