Cultures et valeurs 7-10 juillet 2014

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Colloque International d'Albi Langages et Signification
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XXXVe COLLOQUE D’ALBI LANGAGES ET SIGNIFICATION
Organisé par le C.A.L.S. et le C.P.S.T. (LERASS)
Université de Toulouse-le-Mirail
au Centre Saint-Amarand , 16 rue de la République 81000 ALBI.

7-10 juillet 2014

Cultures et valeurs :
La transmission des textes, des objets et des pratiques

APPEL À COMMUNICATION

Organisés dans les trois dernières décennies par le CALS, les séminaires d’Albi ont abordé des thématiques sociales et culturelles multiples et de premier plan, privilégiant d’abord le point de vue sémiotique et linguistique. Resserrant encore plus les liens avec le CPST – dont le CALS est l’émanation historique – les responsables respectifs ont mis en œuvre une très étroite collaboration pour les années à venir. Le moment est venu de poursuivre cette tradition et de ressaisir, dans une perspective théorisante et dans un esprit fédératif, d’autres investigations thématiques dans les domaines des sciences humaines.

Pour une articulation de la problématique des cultures

La problématique choisie pour le colloque s’inscrit dans le cadre d’un projet pluridisciplinaire de développement des Sciences de la Culture. Cette manifestation voudrait ainsi œuvrer à la fédération des Sciences Humaines et Sociales. Un tel questionnement devient crucial à l’ère de la mondialisation car on interroge ici les rapports entre cultures selon leurs diversités ainsi que le rôle joué par les valeurs dans une semblable logique d’homogénéisation. On rencontrera inévitablement, en relation avec la notion de « culture », d’autres notions qui la délimitent ou qui participent à la définir : « nature », « identité/altérité », « civilisation / barbarie », « particulier / général ». Il s'agira ainsi surtout :
(i) d’articuler cette notion avec celle de « valeur » dans son contraste avec la notion de « fait » (Rastier, 2011), sans exclure une relation de complexité entre ces deux notions pas si étanches que cela ;
(ii) de comprendre le fonctionnement culturel en tant que transmission – terme qui méritera lui aussi une définition plus précise, en commençant par le distinguer de celui de communication (Rastier, 1995), car on rencontre par exemple des transmissions par diffusion, par mimésis, par pratiques corporelles, qui ne se laissent pas ramener à un paradigme communicationnel ;
(iii) d'ouvrir ainsi la voie à un riche examen comparatiste à visée typologisante : entre cultures de nations différentes, entre cultures dans une même nation (cf. par exemple la diversité des soi-disant subcultures ou encore la diversité entre générations qui ouvre à la problématique des âges de la vie), enfin en diachronie entre différents états des systèmes de valeurs. Chemin faisant, les notions présidant à la comparaison (ressemblance/différence) peuvent être questionnées et confrontées aux concepts d'écart et d'entre (F. Jullien, 2009 et, surtout, 2012).

La transmission : entre oubli et mémoire

La problématique de la transmission de l’héritage culturel se présente d’abord comme une constante cyclique du passage des connaissances et des valeurs entre générations qui se succèdent dans le temps ou entre cultures distribuées sur un territoire. Il s’agit ici d’approcher cette problématique par la circulation interne des valeurs, des discours, des objets et des pratiques, ainsi que par la condition externe des échanges et des influences entre cultures.
Selon une première hypothèse formulée par Lotman et Ouspensky, la voie culturelle s’opposerait avant tout à la voie naturelle de la transmission : une des particularités de l’espèce humaine étant de faire circuler par la voie culturelle tout ce qui n’arrive pas à être transmis par voie génétique et donc, en définitive, par la nature. Cet héritage concerne avant tout le transfert de connaissances par des procédures de mémorisation : le transfert d’information orale par des techniques de mémorisation et de répétition ; le transfert d’information écrite et par des techniques d’inscription et de lecture ; et actuellement, le transfert d’information numérique par des techniques d’enregistrement, reproduction et manipulation audiovisuelle.
Dans la sémiotique des cultures, proposée par Lotman et Ouspensky, le moyen et le véhicule de cette transmission est le texte en tant que principe d’organisation et de sélection de l’information écrite. La transmission limitée au savoir semble pourtant constituer une des limites d’une telle sémiotique des cultures. Élargissant la transmission, à la circulation des discours oraux, aux objets et aux pratiques, la sémiotique des cultures se donne d’autres moyens de comparaison. D’ailleurs, la participation de textes, objets et pratiques à un même domaine donne naissance à l’articulation des cultures par formations discursives et sémiotiques, ce qui permet de les comparer par leurs champs de savoirs et selon leurs pratiques (religion, médecine, astronomie, physique, technique, etc.). Les éléments qui sont écartés des champs de savoirs par ce circuit de sélection vont faire partie, tôt ou tard, de ce répertoire de discours, d’objets ou des pratiques oubliés par la culture. D’autre part, tout ce qui en revanche est réputé nécessaire à la survivance et au bien-être d’une culture ou à son équilibre symbolique fait l’objet d’enseignement en tant que pratique de transmission au sens large.
L’anthropologie a d’ailleurs bien saisi la distinction entre les cultures orales et écrites par les différentes pratiques de transmission. À cette distinction par rapport à la présence ou l’absence de l’écriture, il faut maintenant ajouter les cultures qui pratiquent la transmission par la voie électronique et, par conséquent, selon les multiples pratiques numériques. Cette technologie provoque des mutations remarquables à plusieurs niveaux et concerne tous les aspects impliqués par la problématique de l’héritage et de l’archivage. Ce passage met en cause précisément le quoi et le comment conserver, produire, reproduire et transmettre. Par son développement médiatique, grâce à l’Internet, on possède une documentation minutieuse des pratiques individuelles à partir des enregistrements de l’oral écrit par les blogs, les forums, les réseaux sociaux. Cette puissance à documenter le niveau micro des échanges, enregistrés au jour le jour, marque un point de non-retour de l’archivage du quotidien car on supprime le critère de sélection introduit auparavant par l’oubli. Condamnées à ne pas oublier, les cultures électroniques semblent renoncer à l’opération de sélection qui est pourtant constitutive des textes comme des valeurs à transmettre. Quelles conséquences à partir d’un modèle de transmission de l’héritage culturel qui semble réfractaire à l’ars oblivionalis évoqué par Eco ?

Valeurs en discours

Les questions de culture et de valeurs sont également centrales en Analyse du Discours. En France, celle-ci s'origine en partie dans la notion de « formation discursive » (dont on attribue généralement la double paternité à Michel Foucault (1968) et à Michel Pêcheux (1969)) qui, si elle présente une instabilité importante (Maingueneau, 2011), reste toujours en lien avec la recherche d'un "positionnement" culturel, ou idéologique, qui constituerait les conditions de possibilité de l'émergence des énoncés. L'analyse argumentative du discours (Amossy, 2008, 2011) affiche pour sa part clairement l'ambition de déconstruire « le discours pour en retrouver les composantes et reconstruire, derrière la concrétisation matérielle de surface, le modèle qui la sous-tend et la logique qui la met en mouvement dans une situation socio-institutionnelle don-née » (Amossy 2012). En écho au concept de schématisation de Jean-Blaise Grize (1990), elle considère ainsi que tout discours propose, et tend à faire partager, une vision du monde particu-lière : tout agencement signifiant intentionnel porte la marque de « manières de connaître et de re-présenter le connu qui ne vont pas de soi, qui ne sont pas nécessaires ni universelles, qui comportent des enjeux sociaux, expriment des intérêts [...], occupent une position [...] dans l'économie des discours sociaux » (Angenot 1988). Dans cette optique, ce sont parfois très précisément les valeurs construites en discours qui sont l'objet de l'analyse : investies sémantiquement et hiérarchisées, elles peuvent fonder la « structure axiomatique » (Van Dijk, 1996) qui soutient les prises de position argumentatives.
Ainsi, nombre de travaux francophones proposent de voir les textes qui circulent dans l'espace public, ou tout du moins leurs productions et leurs interprétations, comme des « formes de cognition sociale » (Adam, 1996) et donc comme représentatifs d'un « air du temps culturel ». Conformément au point de vue de l'anthropologie philosophique d'Ernst Cassirer (1975), les discours, et plus généralement le sémio-symbolique, apparaissent chez l'être humain comme la médiation première et fondamentale entre organisme interne et environnement externe. Dès lors, les processus de sémiotisation du monde, en tant que constructions psycho-socio-langagières de sens (Charaudeau, 1995), participent directement des visions du monde (Weltanschauung) socioculturelles.
Les courants d'Analyse du Discours qui se positionnent dans ce sillage possèdent donc une entrée à la fois anthropologique et interprétative pour questionner les concepts de culture et de valeurs : que l'on se place dans une perspective culturaliste ou naturaliste (Sperber, 1996), les pratiques discursives, leurs émergences et leurs circulations, sont des modes privilégiés de cons-truction, de diffusion, ou de transmission culturelle.

Cultures, valeurs, et techniques
On peut enfin se poser la question du traitement de la technique, et notamment de l’avènement des techniques numériques, dans une problématique culturelle généralisée. Les approches philosophiques et anthropologiques de la technique peuvent nous aider à formuler des hypothèses sur le sens de la technique (Bachimont, 2010) et sur les valeurs inhérentes à celle-ci au sein des cultures. Car il n’est plus possible de penser, au sein des sciences humaines, la question culturelle indépendamment de sa dimension technique, qui l’alimente, l’oriente, la régit en partie. De Leroi-Gourhan à Stiegler, en passant par Ellul, Simondon, pour ne citer que les œuvres majeures, les relations entre société, culture, humanité et technique ont pourtant été largement explorées, sans qu’elles ne reçoivent de véritable écho dans les réflexions sémiotiques, et alors même qu’elles présidaient à l’avènement de la médiologie (Debray, 1992, 2000) dont le programme annoncé est “de comprendre comment une rupture dans nos méthodes de transmission et de transport suscite une mutation dans les mentalités et les comportements et, à l'inverse, comment une tradition culturelle suscite, assimile ou modifie une innovation technique.” (http://mediologie.org/presentation/).
Or, le développement des technologies du numérique remet ces interrogations, que le paradigme cybernétique avait sans doute discréditées aux yeux des sciences humaines, à l’agenda des réflexions dans les Humanités. Ainsi, Bruno Bachimont parle de raison computationnelle pour comparer l’avènement du numérique (notion qu’il faut interroger) à celui de l’écriture comme manifestation d’une raison graphique, telle que l’a proposé Jack Goody. Milhad Doueihi pour sa part défend l’idée d’un quatrième humanisme, l’humanisme numérique, faisant suite aux trois humanismes chers à Levi-Strauss, “qui réfléchira sur l’épistémologie de la dynamique historique liant les outils, les pratiques et la transformation des objets: leur matérialité en mutation, leur transmission dans les nouveaux formats, leur réception dans le cadre des nouvelles plates-formes”.
De telles préoccupations viendront compléter l’articulation de la problématique des cul-tures que se propose de traiter ce colloque. Dans cette perspective, sont attendus des travaux portant non exhaustivement sur :
(i) les rapports entre discours en cognition (des représentations sémiotiques aux représentations mentales)
(ii) les approches ethnolinguistiques ou anthropologique des discours
(iii) la structuration discursive des communautés culturelles
(iv) la diffusion ou l'interaction des valeurs en circulation dans les discours publics
(v) Les analyses discursives de controverses et de polémiques mettant en avant des ma-nières antagonistes de donner sens au monde
(vi) Les approches philosophiques et anthropologiques des rapports entre culture et tech-nique
(vii) Les axiologies de valeurs des discours, des objets et des pratiques

Sont sollicitées des contributions relevant des domaines suivants :

– Analyse du discours et argumentation
– Anthropologie culturelle
– Archivage
– Apprentissage en réseau
– Cultures et valeurs
– Culture numérique
– Cultural Studies
– Humanités numériques
– Linguistique
– Philosophie
– Sémantique
– Sémiotique des cultures
– Sémiotique des pratiques et des objets
– Sociologie et anthropologie de la modernité
– Sociologie des pratiques
– Théories des Médias

Modalités de soumission
Les propositions de communication doivent parvenir sous la forme d'un court résumé, entre 300 et 500 mots à envoyer avant le 15 avril 2014 à :
albi.colloque.cultures.valeurs@gmail.com
et conjointement à :
p.marillaud.cals@orange.fr
http://w3.gril.univ-tlse2.fr/CALS.htm

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cultural_studies_and_historical_approaches